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Un « garagiste » retape des camping-cars pour astronautes

[Cape Canaveral, December 24, 2019, rke. English below]
Cette fois, c’est bon. La capsule Starliner, baptisée pour cette mission Calypso – en hommage au commandant Cousteau –, est de retour pour une remise en état. Un service d’entretien complet qui lui permette de revoler pour la deuxième mission pilotée par l’astronaute chevronnée de la NASA Suni Williams. 

Le Van devant le VAB le 19 décembre 2019. – Photos : rke

Ce n’est pas encore pour demain, puisque la NASA devra d’abord envoyer les premiers astronautes du sol américain dans une autre cabine Starliner, première mission habitée depuis le 8 juillet 2011. Or, avec la dernière tentative loupée d’atteindre la Station spatiale internationale, mais la parfaite réussite du guidage dans l’espace et du retour sur Terre de la capsule de Boeing, les dirigeants de la NASA restent encore très prudents qu’à à savoir s’il faut vraiment tout de même faire partir des humaines au prochain vol ou s’il faudra retenter un tir sans âme qui vive à bord. À mon avis, un vol habité (de Boeing ou de SpaceX) ne sera possible pas avant la fin de l’année prochaine.

La navette spatiale américaine escortée par le bus. American space shuttle escorted by bus.
– Photo :NASA

En tous cas, l’optimisme et la confiance sont de rigueurs, à l’instar de ce « garagiste » de voitures pas comme les autres qui, collabore depuis belle lurette avec la NASA, pour modifier des bus de transport afin d’amener les astronautes de leur staff à la tour de lancement, quelques minutes avant leur envol dans l’espace. 

Le MQF d’Apollo 11 transporté sur le porte-avions. Photo : NASA

Des « caravanes » pour la « quarantaine »…
Depuis les missions Apollo vers la lune, la société Airstream (Ohio) a en effet joué un rôle important et essentiel dans le programme spatial américain. « C’est vrai, on a un grand passé historique avec la construction des toutes premières caravanes de transport des astronautes dans les années soixante et nous en sommes fières », m’a confié Samantha Martin, archiviste et historienne chez Airstream. De plus, à l’époque, lorsque les astronautes d’Apollo 11, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Mike Collins sont revenus de la lune  ont passé 3 jours ½ en quarantaine dans une installation de quarantaine mobile (MQF) construite par Airstream. Au total, quatre MQF ont été construites, dont trois ont été utilisées (Apollo 11, Apollo 12 et Apollo 14). Un quatrième était destiné à l’équipage d’Apollo 13. Aujourd’hui, trois des quatre MQF sont exposés dans des musées – un sur le USS Hornet, un aux U.S. Space and Rocket Center à Huntsville (Alabama) et un au Smithsonian Air and Space Museum à Washington.

Un intérieur en cuir véritable. Photo : Airstream

… et un « camping-car » pour Starliner
La participation d’Airstream au programme spatial s’est poursuivie dans les années 1980, lorsque la NASA a chargé Airstream de construire un véhicule de transport d’équipage. De la mission STS–9 de la navette en novembre 1983 à la dernière mission de la navette spatiale en 2011, un camping-car Airstream Excella de 1983 modifié a transporté les équipages d’astronautes du bâtiment des opérations et des caisses de sortie vers le pas de tir pour les lancements de la navette. Ce véhicule a été surnommé l’ASTROVAN et est actuellement exposé au Kennedy Space Center Visitor’s Complex de la NASA, à côté de la navette spatiale Atlantis. Le nouveau « bus », Astrovan, est un Mercedes a été complètement adapté avec, à l’intérieur des sièges en cuir véritable pour le confort des astronautes. Airstream sera à nouveau de la partie pour la première étape de leur voyage de retour dans l’espace.

Bon, j’ai l’air un peu coincé, mais c’est parc c’est parce que je suis intimidé. Photo : Samantha Martin

A « garagist » rebuilds
motor-home for astronauts

Il y a tout juste 20 ans, le 20 décembre 2019, notre astronaute helvétique Claude Nicollier s’envolait avec la navette spatiale Discovery pour une mission de presque 8 jours pour réparer la myopie du télescope Hubble. On le reconnaît au milieu de cette photo avec l’astronaute Jean-François Clervoy. Ils s’apprêtent à monter dans le Van. Just 20 years ago, on December 20, 2019, our Swiss astronaut Claude Nicollier flew with the Space Shuttle Discovery on a mission of almost 8 days to repair the Hubble Telescope’s nearsightedness. He can be seen in the middle of this photo with astronaut Jean-François Clervoy as they prepare to board the Van. – Photo : NASA

OK, now it’s good. The Starliner capsule named for this Calypso mission – in honor of Commander Cousteau – is back for a refit. A complete maintenance service that will allow it to fly again for the second mission piloted by veteran NASA astronaut Suni Williams. It’s not yet for tomorrow, since NASA will first have to send the first astronauts from American soil to another Starliner cabin, the first manned mission since July 8, 2011.

The Assembly inside the Van-. Photo : Airstream

But with the last failed attempt to reach the International Space Station (ISS) – but the perfect success of Boeing’s space guidance and return to Earth of the capsule – NASA officials are still very cautious about whether to still send humans on the next flight or whether to try a soulless shot on board again. In my opinion, a manned flight (of Boeing or SpaceX) will not be possible before the end of next year. In any case, optimism and confidence are required, like this unique car « mechanic » who has been working with NASA for a long time to modify transport buses to bring their staff astronauts to the launch tower a few minutes before their flight into space.

« Caravans » for the « quarantine »…
Since the Apollo missions to the moon, Airstream, Ohio, has played an important and vital role in the U.S. space program. « It’s true, we have a long and proud history of building the very first astronaut transport caravans in the 1960s, » said Samantha Martin, archivist and historian at Airstream. In addition, at the time, when Apollo 11 astronauts Neil Armstrong, Buzz Aldrin and Mike Collins returned from the moon, they spent 3 days ½ in quarantine in a Mobile Quarantine Facility (MQF) built by Airstream. A total of four MQFs was constructed, three of which were used (Apollo 11, Apollo 12 and Apollo 14). A fourth was for the crew of Apollo 13. Today, three of the four MQFs are on display in museums – one on the USS Hornet, one at the U.S. Space and Rocket Center in Huntsville, Alabama, and one at the Smithsonian Air and Space Museum in Washington.

A total of four MQFs was constructed, three of which were used (Apollo 11, Apollo 12 and Apollo 14).

… and an « RV » for Starliner
Airstream’s involvement in the space program continued in the 1980s, when NASA commissioned Airstream to build a crew transport vehicle. From the shuttle’s STS-9 mission in November 1983 to the last space shuttle mission in 2011, a modified 1983 Airstream Excella RV transported astronaut crews from the operations building and checkout bays to the launch pad for shuttle launches. This vehicle was nicknamed the ASTROVAN and is currently on display at NASA’s Kennedy Space Center Visitor’s Complex, next to Space Shuttle Atlantis. The new « bus,” Astrovan, is a Mercedes that has been completely adapted with real leather seats inside for the comfort of the astronauts. Airstream will again be on board for the first leg of their return trip to space.

Non, ce n’est pas la police de Star Wars, mais les vétérans qui veulent qu’on les soutiennent. – Photo : rke

Starliner : rentrée sur Terre avec des airbags… martiens. Révolutionnaire !

Photo du haut – Starliner s’est posée le 22 décembre 2019 dans le sable blanc du désert de White Sands, au Sud du Nouveau-Mexique. Starliner landed on December 22 in the White Sands Desert in southern New Mexico. – Photo : NASA TV

Starliner recouvert d’un capuchon comme protection contre le sable du désert. Hooded starliner as protection against the desert sand. – Photo: NASA TV

Elle est rentrée toute propre, toute belle et toute entière. La capsule Starliner de Boeing a en effet atterri pile-poil à 5h58 (12h58 GMT, 13h58 en Suisse) ce dimanche 22 décembre 2019 sur la base de White Sands dans le Nouveau-Mexique (sur le polygone d’essais de missile de White Sands), une minute après l’horaire prévu.

Au fait, cette opération est-elle banale après les retours des cabines identiques (coniques) Apollo à la fin des années soixante et début septante ? Alors, pas du tout ! Au contraire et je vous explique pourquoi…
Tout d’abord, l’angle d’attaque de rentrée dans l’atmosphère a été judicieusement et savamment calculé en fonction de données générées grâce aux calculs de l’intelligence artificielle. Puis, le déploiement des parachutes (7 en tout) s’est réalisé en 3 phases (voir graphique ci-dessous), ce qui a considérablement freiné la descente.

Heat shield release / Largage du bouclier thermique. – Photo : NASA TV

Une rentrée plus « douce »
Autre nouveauté et exclusivité : le largage du bouclier thermique. Celui-ci est d’ailleurs composé d’un revêtement ablatif de type BLA (Boeing Lightweight Ablator) développé par Boeing. Plus ample que les capsules Apollo, cette protection offre à Starliner moins de frottement sur ses flancs coniques, d’où une rentrée « plus propre » dans l’atmosphère.
Ensuite, autre grande révolution : le déploiement d’airbags, soit de gros coussins amortisseurs gonflés avec un mélange d’air et d’azote deux minutes avant l’atterrissage. Ceux-ci sont fournis par l’entreprise ILC Dover (Kentucky) et utilisent la même technologie que celle utilisée par les missions Mars Pathfinder et Mars Exploration Rover. Ils autorisent une vitesse d’arrivée verticale de 30 km/h et horizontale de 50 km/h. Le véhicule est également capable de se poser en mer.

Les airbags utilisés sur Mars avec la sonde Mars Pathfinder qui a déposé le robot Sejournor sur la planète rouge le 4 juillet 1997. The airbags used on Mars with the Mars Pathfinder probe that dropped the robot Sejournor on the Red Planet on July 4, 1997. Photo : NASA

Prouesse maîtrisée
Boeing a donc judicieusement tiré parti des expériences spatiales antérieures des rentrées dans l’atmosphère (Terre ou Mars) en les adaptant à un nouveau concept qui est, en fait, unique au monde. Les deux autres capsules habitables, Dragon de SpaceX (la concurrente) et Orion de la NASA (celle d’exploration, les deux encore en phases de test), utilisent une technique ordinaire et éprouvée. C’est la raison pour laquelle, même si Boeing et la NASA n’ont pas atteint la station spatiale internationale, cette fois-ci, la mission peut être considérée, à mon avis, comme une prouesse.

Boeing-Starliner: Return to Earth With… Martian Airbags. Revolutionary !

Opening the hatch Opening the hatch with the dummy
at the bottom left. Ouverture de l’écoutille avec le mannequin
en bas à gauche. – Photo : NASA TV

She came home all clean, all beautiful and all in one piece. Boeing’s Starliner capsule landed right on schedule at 5:58 a.m. (12:58 GMT) on Sunday, December 22, 2019, at White Sands Air Force Base in New Mexico (at the White Sands Missile Test Range), one minute after the scheduled time.

By the way, is this operation commonplace after the return of the identical (conical) Apollo cabins in the late sixties and early seventies? Then, not at all! On the contrary, and I’ll tell you why…
First of all, the re-entry angle of attack into the atmosphere has been judiciously and skillfully calculated based on data generated by artificial intelligence calculations. Then, the deployment of the parachutes (7 in all) was carried out in 3 phases (see graph opposite), which considerably slowed down the descent.

La descente en 4 phases. Révolutionnaire ! The descent in 4 steps. Revolutionary!  –  Photo : NASA

A « softer » re-entry
Another novelty and exclusivity: the release of the heat shield. This is composed of a BLA (Boeing Lightweight Ablator) type ablative coating developed by Boeing. Larger than the Apollo capsules, this protection offers Starliner less friction on its conical sides, resulting in a « cleaner » re-entry into the atmosphere.
Another major revolution is the deployment of airbags, which are large shock absorber cushions inflated with a mixture of air and nitrogen two minutes before landing. These are supplied by ILC Dover, Kentucky, and use the same technology as that used by the Mars Pathfinder and Mars Exploration Rover missions. They allow a vertical arrival speed of 30 km/h and a horizontal arrival speed of 50 km/h. The vehicle is also capable of landing at sea.

Le bouclier thermique dans la halle de montage au Kennedy Space Center. – Photo : rke
Mars Pathfinder EDL Sequence of Events. Starliner’s landing was based on the same principle as Mars Pathfinger. – Photo : NASA

Controlled Flight Prowess
Boeing has therefore judiciously taken advantage of previous space re-entry experiments (Earth or Mars) by adapting them to a new concept that is, in fact, unique in the world. The two other habitable capsules, SpaceX’s Dragon (the competitor) and NASA’s Orion (the exploration capsule, both still in the testing phase), use an ordinary and proven technique. That is why, although Boeing and NASA did not reach the International Space Station, this time the mission can be considered, in my opinion, a prowess..