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Apollo 13 : « Houston, on a eu un problème » – Covid-19 : « Allô la Terre, on a un virus »

English Below – Confinés 5 jours dans un module lunaire dont le volume de l’habitacle n’est pas plus grand qu’une 2 CV, les astronautes d’Apollo 13 ont vécu il y a 50 ans les mêmes conditions que la moitié de la planète en ce moment avec notre confinement du coronavirus. Eux savaient la date du retour, mais n’avaient que 10% de chances de survivre. Nous ne savons pas quand l’épidémie sera totalement éradiquée, mais pouvons garder le même espoir de retour à une vie meilleure.

Oui, c’est bien moi au pupitre de commande du vrai centre de contrôle des vols Apollo à Houston, mais le 5 juillet 2011. En 1970, je n’avais que 14 ans.

[Delémont, April 13, 1970 / Houston, April 13, 2020, rke] – Coronavirus oblige, me voilà confiné à Courrendlin. J’avais prévu assister au 50e anniversaire d’Apollo 13 (à Houston), puis, du coup, à l’ « Equestrian FEI World Cup Finals 2020 » à Las Vegas (la Coupe du monde de saut et de dressage), mais comme tout est annulé, je réactive ce blog depuis la Suisse.

The panoramic hi-def image of interior of the Apollo 13 Lunar Module. Astronaut Fred Haise (right) is napping, while Jack Swigert can be seen curled up in the storage area. Commander Jim Lovell’s hand can be seen in the left of the picture.  Photo : NASA/Andy Saunders

« Roland, lève-toi, les astronautes d’Apollo 13 sont en danger dans l’espace ! ». Non, ce n’est pas l’ordre d’un dirigeant de la NASA qui m’alerte, mais celui de ma maman Jeannine Keller qui m’avertit, informée du danger par l’émission spéciale de la TSR (avec Georges Kleinmann et Alain Schaerlig). Nous sommes le lundi 13 avril 1970, un lundi comme ce jour 13 avril 2020. Du coup, je me précipite devant la télé cathodique (l’une des premières en couleurs), pour en savoir plus. À 14 ans, je n’ai ni smartphone ni téléphone, que la TV et… les journaux. Passionné depuis près de deux ans du domaine spatial, à l’époque, je file avec ma petite sœur Janique de la rue de la Golatte 31 jusqu’au kiosque de la vieille ville (à environ 1 km). Que dis-je, je file. Je fonce, carrément ! Le temps d’installer ma sœur dans son pousse-pousse – elle a 2 ½ ans à ce moment-là – me voilà arrivé devant pile de journaux scrupuleusement rangés sur les étagères. Janique a un peu tendance à me jouer des petites farces, de sa hauteur, elle aime bien faire mine de tirer les journaux à elle, mais elle est plutôt fan des bonbons ou des chocolats. Je suis tellement obnubilé par ma soif d’informations sur Apollo 13, que je ne me rend pas compte des petites envies de ma sœur. Pas que je sois forcément égoïste. Mais, trop fan d’espace, je m’évade…

🎤 Interview sur RFJ réalisée par Jean-Michel Probst sur moi-même

Apollo 12 à la conquête de Surveyor 3
Jusqu’en ce lundi 13 avril 1970, Apollo 13 fait partie de la banalité. Juste quelques lignes dans les journaux concernant le décollage le 11 avril à 13h13, heure de Houston. Après le premier alunissage d’Apollo 11 et sortie de Neil Armstrong et Buzz Aldrin le 21 juillet 1969 (3h56 heure suisse), la deuxième mission lunaire, Apollo 12, ne fait que confirmer la réussite de la première mission. Et pourtant , elle fut tout autant risquée. Le 14 novembre 1969, Alan Bean, Pete Conrad et Richard Gordon s’envolent de Cap Canaveral. Frappée par la foudre la fusée Saturn V continue sa propulsion, ce qui entraîne la perte temporaire de la puissance électrique et des instruments du module de commande, mais l’équipage réussit à redémarrer ce dernier et à poursuivre la mission. Le module lunaire (LEM), avec Conrad et Bean à son bord, se pose avec précision dans l’océan des Tempêtes à seulement 180 m de la sonde Surveyor 3. Munie de trois pattes, elle s’est posée sur la Lune le 20 avril 1967 et avait transmis un total de 6’326 images. Un exploit en son temps.

Apollo 13 commander Jim Lovell used a scale model during a televised news conference at the Manned Spacecraft Center, Houston, to explain how the crew managed to survive after the explosion that damaged the service module. – Photo : NASA

Brasser l’oxygène pour la mesurer
Pour en revenir à Apollo 13, 55 heures et 55 minutes après le décollage, Jack Swigert, le pilote du module de commande, reçoit l’ordre de Houston de brasser les réservoirs d’oxygène et d’hydrogène liquides, pour en mesurer la teneur exacte. Une opération ordinaire. Quelques secondes plus tard, le vaisseau est soudainement secoué et trois hommes se rendent compte que la situation n’est pas normale. C’est à ce moment-là que Swigert prononce la fameuse phrase : « Houston, nous avons eu un problème », « Houston, we’ve had a problem ». Dans leur cabine conique, les astronautes ne se rendent pas compte de la gravité du fameux problème. Les ordres sont donnés de la part du CapCom, Jack Lousma, à de faire des vérifications d’usage : ouverture et fermeture des vannes, contrôle de la pression, tensions électriques. C’est au moment où le commandant de la mission Jim Lowell a aperçu des nuages de gaz à travers les hublots qu’ils se sont davantage inquiétés, mais pas alarmés. Très occupé, l’équipage n’avait pas intérêt à paniquer ce qui n’aurait d’ailleurs rien arrangé à la situation. Plus tard, à l’heure du bilan, les ingénieurs ont remarqué que l’explosion était due à une étincelle jaillie d’un fil électrique et d’une soudure poreuse.
En fait, ils se sont aperçus que le problème avait commencé 5 ans auparavant lors d’une modification du module de service au niveau du choix du voltage de la tension électrique qui avait été changé pour les futures missions lunaires. Au montage, y avait eu aussi une mauvaise manipulation du réservoir où un technicien l’a lâché sur une hauteur de 5 cm seulement, sans faire de dégâts apparents.

Raccourci loupé
Apollo 13 avait, cette fois-là, pris un raccourci pour aller sur la Lune. Au lieu de la traditionnelle trajectoire en forme de « huit » des quatre missions précédentes (Apollo 8, 10, 11, 12), le vaisseau a entamé une course dite « hybride » ce qui lui aurait permis de gagner un jour de voyage, soit trois exactement, au lieu de quatre. Mais à la condition de donner le « coup de frein » nécessaire (en allumant un moteur) pour contourner notre astre. Or, vu l’explosion du module de service (SM), pas moyen d’utiliser celui-ci. Il ne restait alors plus qu’un seul moteur à activer, celui du LEM, un vaisseau destiné à se poser sur la Lune, et non pas de la contourner. Allait-il de tenir le coup ? Là était la plus grande préoccupation de l’équipage. Une fois le contournement de notre astre réussi, les astronautes ont encore dû faire face à un dilemme. Le purificateur d’air n’était pas suffisamment adapté pour trois astronautes. Aidé par Thomas K. Mattingly, au sol – l’astronaute qui aurait dû voler dans Apollo 13, mais qui a dû laisser sa place à Jack Swigert à cause d’une rubéole (et non d’une rougeole) –, l’équipage a bricolé un « masque » avec les éléments à bord : sac, tuyaux, livre, chaussettes, pile et plastique.

Grâce à l’Omega Speedmaster
Une fois la Lune contournée, fonçant vers la Terre, les soucis n’étaient pas terminés pour autant var les astronautes ont dû la majeure partie du temps couper le courant à bord de la cabine (pour économiser les batteries) faisant descendre la température à 4 degrés C. durant les deux derniers jours du voyage. Les soucis n’étaient pas terminés pour autant puisqu’il n’était pas garanti que la cabine soit en bon était (après l’explosion) pour rentrer dans l’atmosphère. Pour actionner précisément, au centième de seconde, l’allumage des moteurs, les astronautes se sont servis de la montre suisse Omega Speedmaster. Finalement, après une odyssée de 5 jours et 22 heures et 54 minutes, la capsule a amerri le 17 avril 1970 dans le Pacifique Sud.

« L’échec n’est pas une option »
Alors que la plupart des ingénieurs étaient persuadés qu’il aurait été impossible de faire revenir sur la Terre l’équipage d’Apollo 13 vivant (10% de chance), le commandant de la mission, Gene Kranz les a fermement remis à l’ordre en leur déclarant : « L’échec n’est pas une option ». Alors que toute la planète était à l’affût de nouvelles de l’équipage, les responsables de la mission ont utilisé tout leur sang-froid, les ressources techniques et leur imagination pour ramener Apollo 13 au bercail. Pour Philippe Leman, qui a travaillé, notamment comme Excellence Coordinator, au sein du Groupe Unilever durant près de 17 ans, « la mission d’Apollo 13 est une démonstration d’excellence et d’agilité qui a des similitudes avec celui de l’entreprise ». « L’excellence est davantage un voyage qu’une destination. On peut toujours faire mieux », dit-il. L’un de ces chemins étant une communication claire et sans ambiguïté, avec la reconnaissance des erreurs commises et l’application à en tirer des leçons profitables.

Apollo 13: « Hello Houston, we’ve had a problem » – Covid-19: « Hello Earth, we’ve got a virus »

Enclosed for 5 days in a lunar module with a cabin volume no larger than a 2CV, the Apollo 13 astronauts experienced 50 years ago the same conditions as half of the planet at the moment with our coronavirus containment. They knew when to return, but had only a 10% chance of survival. We don’t know when the epidemic will be totally eradicated, but we can still hope for a return to a better life.

[Delémont, April 13, 1970 / Houston, April 13, 2020, rke] – Coronavirus forced me to confine myself to Courrendlin (north of Switzerland). I had planned to attend the 50th anniversary of Apollo 13 (in Houston), and then the « Equestrian FEI World Cup Finals 2020 » in Las Vegas (the Jumping and Dressage World Cup), but as everything is cancelled, I reactivate this blog from Switzerland.

« Roland, get up, the Apollo 13 astronauts are in danger in space! ». No, it’s not the order of a NASA official who alerts me, but that of my mother Jeannine Keller who warns me, informed of the danger by the TSR special broadcast (with Georges Kleinmann and Alain Schaerlig). It is Monday, April 13, 1970, a Monday like today, April 13, 2020. So I rush in front of the cathode-ray television (one of the first in colour), to find out more. At 14, I have no smartphone or phone, only TV and… newspapers. Passionate about space for almost two years, at the time, I run with my little sister Janique from the rue de la Golatte 31 to the kiosk in the old town (about 1 km away). What do I say, I’m off. I’m going straight for it! By the time I got my sister in her rickshaw – she was 2 ½ years old at the time – I arrived in front of a pile of newspapers scrupulously arranged on the shelves. Janique has a bit of a tendency to play little pranks on me, from her height, she likes to pretend to pull the newspapers to herself, but she’s more of a fan of sweets or chocolates. I’m so obsessed with my thirst for information on Apollo 13 that I don’t realize my sister’s little cravings. Not that I’m necessarily selfish. But I’m a big fan of space, so I’m escaping…

Charles Conrad Jr., Apollo 12 Commander, examines the unmanned Surveyor III spacecraft during the second extravehicular activity (EVA-2). The Lunar Module (LM) « Intrepid » is in the right background. This picture was taken by astronaut Alan L. Bean, Lunar Module pilot. The « Intrepid » landed on the Moon’s Ocean of Storms only 600 feet from Surveyor III. The television camera and several other components were taken from Surveyor III and brought back to earth for scientific analysis. Surveyor III soft-landed on the Moon on April 19, 1967.

Apollo 12 to the conquest of Surveyor 3
Until Monday, April 13, 1970, Apollo 13 was part of the commonplace. Just a few lines in the newspapers about the takeoff on April 11th at 1:13 p.m. Houston time. After the first lunar landing of Apollo 11 and the exit of Neil Armstrong and Buzz Aldrin on July 21, 1969 (3:56 a.m. Swiss time), the second lunar mission, Apollo 12, only confirms the success of the first mission. And yet, it was just as risky. On November 14, 1969, Alan Bean, Pete Conrad and Richard Gordon took off from Cape Canaveral. Hit by lightning, the Saturn V rocket continued to propel itself, causing the temporary loss of electrical power and instruments in the control module, but the crew managed to restart the module and continue the mission. The Lunar Module (LEM), with Conrad and Bean on board, landed accurately in the Storm Surge Ocean just 180 m from Surveyor 3. Equipped with three legs, it landed on the Moon on April 20, 1967 and transmitted a total of 6,326 images. A feat in its time.

Schéma du module de service montrant l’emplacement des 2 réservoirs d’oxygène (2), des trois piles à combustibles (1) et des deux réservoirs d’hydrogène (3).

Mixing oxygen to measure it
Returning to Apollo 13, 55 hours and 55 minutes after liftoff, Jack Swigert, the control module pilot, received orders from Houston to stir the liquid oxygen and hydrogen tanks to measure their exact content. A routine operation. A few seconds later, the ship is suddenly shaken and three men realize that the situation is not normal. That’s when Swigert utters the famous phrase: « Houston, we’ve had a problem », « Houston, we’ve had a problem ». In their conical cabin, the astronauts don’t realize how serious the problem is. Orders are given by the CapCom, Jack Lousma, to carry out the usual checks: opening and closing the valves, checking the pressure, electrical voltages. It was when Mission Commander Jim Lowell saw gas clouds through the windows that they became more concerned, but not alarmed. The crew was very busy and had no interest in panicking, which would not have helped the situation. Later, at debriefing time, the engineers noticed that the explosion was caused by a spark from an electrical wire and a porous weld.
In fact, they realized that the problem had started 5 years earlier when the service module was modified in terms of the voltage selection of the electrical voltage that had been changed for future lunar missions. During assembly, there had also been a mishandling of the tank where a technician dropped it from a height of only 5 cm, without doing any apparent damage.

Schéma 1 – Les quatre modules formant le vaisseau spatial lancé vers la Lune . Étage de descente du module lunaire : 0 Jupe inférieure du module de descente – 1 Train d’atterrissage – 2 Échelle – 3 Plateforme. Étage de remontée du module lunaire : 4 Écoutille – 5 Propulseurs contrôle d’attitude – 6 Antenne bande S – 7 Antenne bande S orientable – 8 Antenne du radar de rendez-vous – 9 Hublot utilisé pour le rendez-vous orbital lunaire – 10 Antenne VHF – 11 Cible utilisée pour l’amarrage – 12 Écoutille supérieure. Module de commande : A Compartiment équipage – GBouclier thermique – H Hublots de rendez-vous – I Tunnel de communication. Module de service : B Radiateurs des piles à combustible – CPropulseurs contrôle d’attitude – D Radiateurs du système de contrôle de l’environnement – E Antennes grand gain orientables – F Tuyère du moteur principal.

Missed shortcut
This time, Apollo 13 had taken a shortcut to the Moon. Instead of the traditional « eight » trajectory of the four previous missions (Apollo 8, 10, 11, 12), the spacecraft began a so-called « hybrid » race, which would have allowed it to gain a day’s travel, exactly three days, instead of four. But on the condition that the necessary « brake » is applied (by switching on an engine) to go around our planet. However, given the explosion of the service module (SM), no way to use it. There was then only one engine left to activate, that of the LEM, a spacecraft intended to land on the Moon, and not to go around it. Was it going to hold? That was the crew’s biggest concern. Once they had successfully circumvented the Moon, the astronauts still faced a dilemma. The air purifier was not adequate for three astronauts. Helped by Thomas K. Mattingly, on the ground – the astronaut who should have flown in Apollo 13, but had to give up his seat to Jack Swigert because of rubella (not measles) – the crew cobbled together a « mask » with the items on board: bag, hoses, book, socks, battery and plastic.

Using the Omega Speedmaster
Once the Moon was circling, heading towards the Earth, the worries were not over, but the astronauts had to shut down most of the power in the cabin (to save the batteries), bringing the temperature down to 4 degrees Celsius for the last two days of the trip. The worries were not over yet since there was no guarantee that the cabin was in good condition (after the explosion) to re-enter the atmosphere. The astronauts used the Swiss Omega Speedmaster watch to precisely activate the ignition of the engines to a hundredth of a second. Finally, after an odyssey of 5 days and 22 hours and 54 minutes, the capsule landed on April 17, 1970 in the South Pacific.

« Failure is not an option »
While most of the engineers were convinced that it would have been impossible to get the Apollo 13 crew back to Earth alive (10% chance), mission commander Gene Kranz firmly set them straight by declaring: « Failure is not an option ». As the world watched for news of the crew, the mission used all their composure, technical resources and imagination to bring Apollo 13 home. For Philippe Leman, who worked, notably as Excellence Coordinator, within the Unilever Group for nearly 17 years, « the Apollo 13 mission is a demonstration of excellence and agility that has similarities with the company’s mission. « Excellence is more of a journey than a destination. You can always do better, » he says. One of those paths is clear and unambiguous communication, with recognition of mistakes made and application of the lessons learned.


Luzern, 12. Oktober 2018. Fred Haise im Verkehrshaus neben einem Modell der Saturn V, welche für die Apollo-Missionen entwickelt
worden ist. . Photo : Boris Bürgisser