Archives de catégorie : NASA

La fusée file majestueusement, mais Starliner déraille

Ça a décollé impeccablement et majestueusement ! C’est en tous cas l’impression qu’on en a eue, à partir du centre de presse du Kennedy Space Center (KSC), proche du VAB. La fusée Atlas V N22 de United Alliance (ULA) s’est en effet soulevée avec une douceur coutumière, mais crépitant moins dans le ciel que les autres vols. Et cela, sans doute dû au faible vent qui nous en renvoie le bruit. Ainsi, tel un chapeau fixé en son sommet, la capsule Starliner de Boeing s’est envolée à l’heure pile à 6h36 (locale), 12h36 (heure suisse) de Cap Canaveral ce vendredi 20 décembre 2019. 

Allumage des moteurs. Photo prise sur le pas de tir avec mon appareil photo à distance.
Ignition. Photo taken on the fine point with my remote camera. – Photo : rke

Pas la bonne orbite
Le jour s’est à peine levé avec un ciel bleu très foncé au moment du lancement, devenant de plus clair au fil des minutes et offrant un spectacle sublime loin à la ronde. Mais, au bout de 15 minutes, les équipes de Boeing et de la Nasa ont rapidement fait savoir que la capsule était sur « une orbite non nominale », c’est-à-dire une mauvaise trajectoire, compromettant son rendez-vous avec la Station spatiale internationale (ISS) qu’elle devait rejoindre samedi, à 400 km d’altitude. En fait, selon Boeing, les moteurs de la capsule ne se seraient pas allumés. Quand le contrôle a été repris, les équipes ont jugé qu’il ne restait plus assez de propulseurs pour poursuivre la mission et tenter l’amarrage.En résumé, l’anomalie constatée concerne le système embarqué de chronométrage qui aurait induit le vaisseau en erreur, le conduisant sur une mauvaise orbite.  

Starliner en bon état et sous contrôle
Mais les responsables ont insisté sur le fait que Starliner était en bon état et sous contrôle, qu’aucun astronaute à bord n’aurait été mis en danger, et qu’un test d’amarrage à l’ISS n’était pas requis pour l’homologation. Dans le contexte de la reprise des vols habités par les Américains sur leur sol (pour rappel, ils envoient leurs astronautes en Russie depuis juillet 2011), ce problème est important, mais pas étonnant. L’accès à l’espace quel que soit la distance (autour de la Terre, de la Lune ou de Mars), reste et restera toujours aussi complexe et imprévu. Que ce soit pour les privés ou les agences. Les ingénieurs auront beaucoup à apprendre de cet « échec » (si on peut l’appeler ainsi) de mission à la station. Cette erreur d’aiguillage n’incombe ni à la NASA, ni à ULA, ni à Boeing. Mais à la fatalité. L’espace se mérite.

The rocket flies majestically, but Starliner derails… 

It took off impeccably and majestically! At least that’s the impression we got from the Kennedy Space Center (KSC) press center, near the VAB. The United Alliance (ULA) Atlas V N22 rocket lifted off with customary smoothness, but crackling less into the sky than other flights. This is no doubt due to the weak wind, which sends the noise back to us. Thus, like a hat on top, Boeing’s Starliner capsule took off on time at 6:36 a.m. (East) from Cape Canaveral on Friday, December 20, 2019. 

The day barely dawned with a very dark blue sky at the time of the launch, becoming clearer as the minutes went by and offering a sublime spectacle from afar. But after 15 minutes, Boeing and NASA teams quickly reported that the capsule was in « non-nominal orbit, » or a wrong trajectory, compromising its rendezvous with the International Space Station (ISS), which it was scheduled to reach on Saturday at an altitude of 400 kilometers.

Wrong orbit
In fact, according to Boeing, the capsule’s engines did not ignite. When control was regained, the teams judged that there were not enough thrusters left to continue the mission and attempt docking. In summary, the anomaly found concerns the on-board timing system that would have misled the spacecraft, leading it into the wrong orbit. 

Starliner in good condition and under control
But officials insisted that Starliner was in good condition and under control, that no astronauts on board would be put at risk, and that a docking test to the ISS was not required for certification. In the context of the resumption of manned flights by the Americans on their soil (as a reminder, they have been sending their astronauts to Russia since July 2011), this problem is important, but not surprising. Access to space, whatever the distance (around the Earth, the Moon or Mars), remains and will always remain as complex and unforeseen. Whether for private individuals or agencies. Engineers will have much to learn from this « failure » (if you can call it that) of a mission to the Station. This misdirection is not the fault of NASA, ULA or Boeing. It’s fate. Space is earned.

CST–100 Starliner : Boeing redore son blason avec sa capsule

[Cape Canaveral, December 18, 2019, rke. English below] – Photo du Haut : Bonjour: je donne des coups de pouce à Boeing pour réussir son lancement, ce vendredi 20 décembre, à 6h36 (locale),
12h36, heure suisse. – Photo of me taken by : Jacques van Oene

Les dédicaces de celles et ceux qui ont oeuvré à la
réalisation de la capsule. – Photo :rke

Elle ne paie pas de mine, à la voir sur des photos, mais de près, elle est plutôt cossue. Elle ? La capsule CST–100 Starliner de Boeing. Oh, je sais, en ce moment, le constructeur américain a un peu mauvaise presse avec ce qui se passe pour les fameux Boeing 737 Max cloués au sol depuis mars dernier. Boeing veut donc un peu redorer son blason du côté spatial, non pas qu’elle en ait besoin dans ce secteur, mais pour faire bonne figure. Aux yeux du monde, ce serait le top de montrer que sa capsule puisse répondre à l’attente de la NASA qui lui a demandé – tout comme SpaceX pour sa capsule Dragon (voir mon reportage : cliquez ici) – d’en développer et d’en construire une pour amener ses astronautes, qui, depuis juillet 2011, montent dans des Soyouz russes. Cette capsule conique Starliner de 11 m3 est un véhicule aux caractéristiques externes proches de celles du module de commande et de service Apollo, mais peut transporter jusqu’à 7 astronautes (au lieu de 3 pour Apollo). En ce mercredi 18 décembre 2019, l’occasion nous a donc été donnée de visiter le Commercial Cargo and Crew Processing Facility (C3PF). Il s’agit d’un bâtiment jouxtant le VAB, mais bien plus petit, qui contenait les installations de traitement des navettes spatiales (OPF–3). C’est là que Boeing abrite dorénavant ses équipements pour mettre au point sa capsule. On a donc eu un charmant accueil, bien moins strict qu’on pense, qui nous a permis de rentrer dans l’une des salles d’assemblage où l’on a pu se rendre compte des travaux sur deux capsules habitables, en test. Boeing a jusqu’à présent été, à notre égard, avare de visites de ses installations, mais au final, nous a laissé une bonne impression. Le constructeur américain n’a, là, pas eu besoin de justifier de la rentabilité. J’irais plus volontiers voler en Starliner qu’en 737… Max.

Photo of me taken by : Jacques van Oene

CST-100 Starliner: Boeing is restoring its image with its capsule

Photo of me taken by : Jacques van Oene

It doesn’t look like much, as you can see in pictures, but up close, it is rather well-to-do. It? The CST-100 Starliner capsule from Boeing. Oh, I know, at the moment, the American company has a little bad press with what’s happening with the famous Boeing 737 Max grounded since last March. Boeing therefore wants to restore its image a little bit on the space side, not that it needs it in this sector, but to make a good impression. In the eyes of the world, it would be the best to show that its capsule could meet NASA’s expectations, which asked it – just like SpaceX for its Dragon capsule (see my report: click here) – to develop and build one to bring its astronauts, who, since July 2011, have been going up in Russian Soyuz. This 11 m3 Starliner conical capsule is a vehicle with external characteristics similar to those of the Apollo control and service module, but can carry up to 7 astronauts (instead of 3 for Apollo).

Photo : rke

On Wednesday, December 18, 2019, we were given the opportunity to visit the Commercial Cargo and Crew Processing Facility (C3PF). It is a building near the VAB, but much smaller, that contained the space shuttle processing facilities (OPF-3). This is where Boeing now houses its capsule development equipment. We therefore had a charming welcome, much less strict than we think, which allowed us to enter one of the assembly rooms where we were able to see the work on two habitable capsules, in tests. Boeing has so far been stingy with visits to its facilities for us, but in the end, it has left us with a good impression. The American company did not need to justify profitability. I’d rather fly in a Starliner than in 737… Max.

Amérique : 3 lancements cette semaine (Falcon 9, Soyouz et Atlas V)

Les quatre tours de lancement en un coup d'oeil.
[Cape Canaveral, December 15, 2019, rke. English below] – Les quatre tours de lancement en un coup d’oeil. Tout à gauche le pas de tir SLC-41 qui attend la capsule Starliner. Puis le pas de tir 39A (avec la grue). Tout au fond le SLC-40 de SpaceC et en premier plan le pas de tir 39B, avec la tour prête pour le lanceur de la NASA, SLS. – Photo : rke

Eh, oui, me revoilà aux USA pour la quatrième fois cette année (mars, avril, juillet et décembre). Ce seront mes 31es et 32es lancements accrédités sur site. Mon but ? Finir 2019 en beauté pour marquer le 50e anniversaire d’Apollo 11 (21 juillet 1969) que j’ai vécu à Pleigne (JU), ado, à l’âge de 13 ans. 

La tour de lancement SLC-41 vue de la page. – Photo : rke
Je ne suis pas à Kourou,
Mais à Cap Canaveral.

Cette semaine, je pourrai suivre trois lancements. D’abord, deux (accrédités) de Cap Canaveral : (SpaceX / Falcon 9 avec le satellite japonais JCSAT 18/Kacific 1) prévu demain lundi 16 décembre entre 7h10 et 8h38 locale (1h10 et 2h38 du matin en Suisse) et le plus important pour les Américains, Atlas 5 (CST–100 – Starliner) de Boeing prévu vendredi 20 décembre à 6h36 (locale), 12h36 (heure suisse) dont la capsule d’essai « non habitée » s’amarrera à la Station spatiale internationale (ISS), puis retournera sur Terre pour atterrir dans l’ouest des États-Unis après une croisière orbitale avant un vol d’essai en équipage de deux personnes. Un gros programme nous attend d’ailleurs cette semaine.

Et puis, je me sens un peu coupable de ne pas avoir choisir d’être à Kourou, en Guyane française, pour assister au lancement du satellite CHEOPS (Characterizing Exoplanet Satellite). Ce n’est pas une question de préférence de mission, mais d’agenda et de budget. Je ne peux pas, en effet être à la fois à Cap Canaveral et à Kourou en même temps puisque le décollage de la fusée russe Soyouz (la petite, mais la plus leste), décollera le mardi 17 décembre. Ce Soyouz transportera le premier satellite de surveillance radar COSMO-SkyMed de deuxième génération, ou CSG 1, pour l’agence spatiale italienne (ASI). Le satellite CHEOPS de l’Agence spatiale européenne (ESA) volera comme charge utile secondaire lors de la mission.

The Characterising Exoplanet Satellite, CHEOPS,
will make measurements of alien worlds
that will help determine their nature. It will focus
 on Earth-to-Neptunesized planets orbiting
 nearby bright stars, and will measure
the size of the planet as it transits in front of the star.
– Photo : ESA

… par l’Uni de Berne et de Genève
Construit par Airbus Defense and Space en Espagne avec un instrument scientifique développé en Suisse – par l’Uni de Berne et de Genève –  l’engin observera les transits de planètes autour d’autres étoiles pour mesurer leurs rayons. La fusée Soyouz 2–1b (Soyouz ST-B) utilisera un étage supérieur Fregat. Bon, comme la Guyane est en Amérique du Sud (dans le Nord), je suis quand même aux Amériques, d’où ce Blog, Press-Trip America. J’essaierai de vous commenter le lancement depuis ici, en Floride. Je ne suis doncpasaccréditépour Kourou – bien que j’ai déjà assisté à deux lancements (TVSat en 1987 et Smart One en 2003), puisque je ne suis pas sur place. Alors, à bientôt.

America: 3 launches this week (Falcon 9, Soyuz and Atlas V)

[Cape Canaveral, December 15, 2019, rke]  – Cheops will make observations of exoplanet-hosting stars to measure small changes in their brightness due to the transit of a planet across the star’s disc, targeting in particular stars hosting planets in the Earth-to-Neptune size range. The information will enable precise measurements of the sizes of the orbiting planets to be made: combined with measurements of the planet masses, this will provide an estimate of their mean density – a first step to characterising planets outside our Solar System.
– Photo : ESA

 Well, yes, I’m back in the USA for the fourth time this year (March, April, July and December). These will be my 31st and 32nd accredited on-site launches. My goal? Finish 2019 in style to mark the 50th anniversary of Apollo 11 (July 21, 1969) that I lived in Pleigne (Jura, Switzerland), a teenager, at the age of 13. 

Oops! Oops! He’s having
a little trouble, the guy. – Photo : rke
Florida Today, December 15, 2019

This week, I will be able to follow three launches. First, two (accredited for me) from Cape Canaveral: SpaceX / Falcon 9 with the Japanese satellite JCSAT 18/Kacific 1 scheduled for tomorrow Monday, December 16 between 7:10 and 8:38 a.m. local (1:10 and 2:38 a.m. in Switzerland). Then, the most important for Americans, Boeing’s Atlas 5 (CST-100 – Starliner) scheduled for Friday, December 20 at 6:36 a.m. (local), 12:36 p.m. (Swiss time) whose « uninhabited » test capsule will dock with the International Space Station (ISS), then return to Earth to land in the western United States after an orbital cruise and before a crowd test flight of two people. A big program is waiting for us this week.

Florida Today, December 15, 2019
Florida Today, December 15, 2019

CHEOPS: attacking the inhabitable planets….

And then I feel a little guilty for not choosing to be in Kourou, French Guiana, to attend the launch of the CHEOPS (Characterizing Exoplanet Satellite) satellite. It is not a question of mission preference, but of agenda and budget. I cannot, indeed, be both in Cape Canaveral and Kourou at the same time since the takeoff of the Russian Soyuz rocket (the small but the most powerful), will take off on Tuesday 17 December, 2019. This Soyuz will carry the first second-generation COSMO-SkyMed radar surveillance satellite, or CSG 1, for the Italian Space Agency (ASI). The European Space Agency (ESA) CHEOPS satellite will fly as a secondary payload during the mission.

The PAD 39B tower waits for SLS. – Photo : rke

… by the University of Bern and GenevaBuilt by Airbus Defense and Space in Spain with a scientific instrument developed in Switzerland – by the University of Bern and Geneva – the device will observe the transit of planets around other stars to measure their rays. The Soyuz 2-1b (Soyuz ST-B) rocket will use an upper Fregat stage. Well, since Guyana is in South America (in the North), I am still in the Americas, hence this blog, Press-Trip America. I’ll try to comment on the launch from here in Florida. So I am not accredited for Kourou – although I have already attended two launches (TVSat in 1987 and Smart One in 2003), since I am not there. So, see you soon.